Certification périodique des kinés : ce qu'il faut faire, et d'ici quand

Obligatoire depuis 2023, la certification périodique devient concrète avec le référentiel des kinés publié en février 2026. 8 actions, 4 axes, une échéance fin 2031 pour la plupart d'entre vous : on vous explique simplement, sans cacher ce qui reste à préciser.

Depuis le 1er janvier 2023, tous les kinés inscrits à l'Ordre sont soumis à une nouvelle obligation : la certification périodique. Pendant trois ans, elle est restée très théorique, faute de textes d'application. C'est en train de changer : les décrets de décembre 2025 ont fixé le contrôle et créé le compte en ligne, et l'arrêté du 26 février 2026 a publié le référentiel des masseurs-kinésithérapeutes. Voici ce qu'il faut retenir, en langage clair, avec ce qui est acquis et ce qui reste à préciser.

L'essentiel en 30 secondes

  • Ce n'est pas un examen : vous ne repasserez pas votre diplôme. Il s'agit de prouver que vous avez mené un certain nombre d'actions pendant une période donnée, dans un but précis : garantir que vos compétences restent à jour et que la qualité de vos soins progresse tout au long de votre carrière.
  • Il faut 8 actions : 2 dans chacun des 4 axes (connaissances, qualité des pratiques, relation patient, santé personnelle).
  • Si vous exerciez déjà au 1er janvier 2023, vous avez jusqu'à fin 2031. Sinon, vous avez 6 ans à partir de votre inscription à l'Ordre.
  • Les actions faites depuis le 1er janvier 2023 comptent déjà. Gardez vos attestations.
  • Le DPC continue d'exister à côté. Une même formation DPC peut servir aux deux obligations.
  • Le suivi se fera sur « Ma Certif'Pro Santé », un compte en ligne public. Le contrôle est fait par l'Ordre à la fin de votre période.

Ce que c'est, et ce que ce n'est pas

La certification périodique a été créée par la loi santé de 2019, puis organisée par une ordonnance de juillet 2021. L'idée est simple : garantir que chaque professionnel de santé à ordre entretient ses compétences tout au long de sa carrière, et pas seulement à la sortie de l'école.

Concrètement, ce n'est ni un examen, ni une note, ni un nombre d'heures de formation. C'est un parcours d'actions que vous choisissez vous-même dans une liste définie par la profession (le référentiel), et que vous justifiez avec des preuves : attestations de formation, comptes rendus, documents de travail. Beaucoup de ces actions, vous les faites probablement déjà : une formation continue, un groupe d'analyse de pratiques, l'encadrement d'un stagiaire, l'AFGSU.

Le référentiel des kinés a été rédigé par la profession elle-même, au sein du Collège de la masso-kinésithérapie (CMK, le conseil national professionnel des kinés), puis validé par l'État.

Quelle est votre échéance ?

Tout dépend de la date à laquelle vous avez commencé à exercer.

Votre situation Durée de la période Échéance
Inscrit à l'Ordre et en exercice au 1er janvier 2023 9 ans (première période, à titre dérogatoire) Fin 2031. L'Ordre a ensuite 6 mois pour contrôler, donc jusqu'à mi-2032.
Diplômé ou inscrit après le 1er janvier 2023 6 ans 6 ans après votre date d'inscription au tableau de l'Ordre.
Après votre première période 6 ans, puis 6 ans, et ainsi de suite Un nouveau cycle démarre à la fin du précédent.

Deux cas particuliers à connaître :

  • Interruption d'activité : si vous arrêtez d'exercer plus de 3 ans au total pendant une période, celle-ci prend fin. Un nouveau cycle commence à la reprise, et l'Ordre peut exiger des actions spécifiques avant de reprendre.
  • Changement d'activité en cours de route : vous terminez les actions restantes selon le référentiel de votre nouvelle activité, sans refaire celles déjà validées.

Les 4 axes et les 8 actions

Sur votre période, il faut au moins 2 actions dans chacun des 4 axes. Pour les axes 1 et 2, l'une des deux est imposée dans sa forme. Pour les axes 3 et 4, le choix est libre parmi les actions du référentiel.

Axe Ce qui est exigé Exemples d'actions prévues par le référentiel
1. Actualiser ses connaissances et ses compétences 1 formation obligatoire (DPC, formation continue ou formation diplômante) + 1 action au choix Formation DPC ou FIF PL, DU ou DIU, enseignement en IFMK, direction de mémoire, lecture d'une revue scientifique avec questionnaire, publication d'un article
2. Renforcer la qualité des pratiques 1 action d'évaluation des pratiques (EPP), de gestion des risques ou d'analyse de pratiques + 1 action au choix Programme DPC avec EPP, audit clinique, recyclage AFGSU, tutorat de stage, protocole de coopération en exercice coordonné (MSP, CPTS), retour d'expérience
3. Améliorer la relation avec les patients 2 actions au choix Formation à la communication ou à l'éducation thérapeutique (ETP), simulation en santé, action avec une association de patients, évaluation de votre prise en charge par vos patients
4. Mieux prendre en compte sa santé personnelle 2 actions au choix Formation sur l'ergonomie et le port de charge ou sur la gestion du stress, groupe d'analyse des pratiques, auto-évaluation de sa santé avec un questionnaire normé, activité physique hebdomadaire pendant au moins un an, avoir et consulter un médecin traitant ou du travail, vaccins à jour

L'axe 4 est la vraie nouveauté : jusqu'ici, aucune obligation ne demandait aux soignants de s'occuper de leur propre santé. Pour une profession aussi exposée aux troubles musculo-squelettiques et à l'usure que la nôtre, c'est loin d'être anecdotique.

Deux règles de calcul à connaître : une action qui correspond à plusieurs axes ne compte qu'une fois, dans l'axe que vous choisissez ; et une formation longue en plusieurs modules (DU, DIU, master) ne vaut qu'une seule action, même si elle dure deux ans.

Les actions doivent rester en lien avec votre exercice et s'appuyer sur des données actuelles : le référentiel exclut explicitement les pratiques jugées illusoires par l'Ordre.

Un exemple de parcours sur 9 ans. Une kiné libérale installée depuis 2015 suit en 2024 une formation DPC sur la lombalgie (axe 1) et, en 2026, un programme DPC incluant une évaluation de ses pratiques (axe 2). Elle accueille des stagiaires d'IFMK (axe 2) et suit un DU (axe 1). Elle se forme à l'éducation thérapeutique et fait remplir un questionnaire de satisfaction à ses patients (axe 3). Enfin, elle suit une formation sur la prévention des TMS du soignant et participe à un groupe d'analyse des pratiques (axe 4). Huit actions, réparties sur plusieurs années, sans rien d'exceptionnel. C'est un exemple pour illustrer : chaque action devra respecter les critères et les preuves prévus par le référentiel.

Et le DPC dans tout ça ?

Les deux obligations coexistent. Le DPC garde son rythme triennal (une période de 3 ans), la certification périodique s'étale sur 6 ou 9 ans. Le DPC ne remplace donc pas la certification, mais il y contribue : une formation DPC peut valider l'action obligatoire de l'axe 1, un programme DPC avec EPP celle de l'axe 2, et des formations DPC sur la relation patient ou la santé du soignant peuvent servir pour les axes 3 et 4.

À plus long terme, le ministère indique que, pour les professions à ordre, l'obligation triennale de DPC « a vocation à être remplacée » par le cycle de certification périodique. Pour l'instant, les deux s'appliquent.

En pratique, si vous respectez déjà votre obligation de DPC, vous avez probablement validé une bonne partie des axes 1 et 2. Le référentiel rappelle d'ailleurs que les actions peuvent être financées par le DPC, le FIF PL, le CPF ou votre employeur. Pour faire le point sur le DPC, lisez notre article sur l'obligation triennale de DPC.

Qui est concerné ?

Tous les masseurs-kinésithérapeutes inscrits au tableau de l'Ordre et en exercice, quel que soit le mode d'exercice : libéral, salarié, mixte, ainsi que les kinés du service de santé des armées. Les remplaçants inscrits à l'Ordre sont donc concernés eux aussi.

  • Kinés salariés : le référentiel demande de choisir les actions en lien avec l'employeur. Celui-ci n'a aucun rôle de contrôle : il peut faciliter l'accès aux formations et accéder à certaines informations utiles pour les organiser, sans accès direct à votre compte.
  • Kinés sans soins directs aux patients (enseignement, encadrement, recherche) : ils sont dispensés des actions de l'axe 3.

Où déclarer vos actions : Ma Certif'Pro Santé

Chaque professionnel concerné aura un compte individuel sur le téléservice public « Ma Certif'Pro Santé », créé par le décret du 26 décembre 2025 et géré par le ministère de la Santé et l'Agence du numérique en santé (ANS). Vous y retrouverez votre période, le référentiel et vos actions, avec un code couleur (vert, orange, rouge) pour voir où vous en êtes.

  • Le ministère annonce l'ouverture à compter de novembre 2026.
  • Vous serez prévenu de la création de votre compte par e-mail, à l'adresse que vous avez déclarée à l'Ordre : vérifiez dès maintenant qu'elle est à jour. La connexion se fera ensuite avec votre identité numérique de professionnel de santé.
  • Certaines actions, notamment les formations, pourront remonter automatiquement depuis les organismes. Les autres, vous les déclarerez vous-même avec vos justificatifs.
  • Aucune adresse officielle n'a été publiée à ce jour. Des sites privés utilisent un nom très proche de « Ma Certif'Pro Santé » dans leur adresse : ce ne sont pas le téléservice public. Par exemple, le site macertifpro-sante.fr n'est pas Ma Certif'Pro Santé : il se présente lui-même comme un site privé, indépendant de l'ANS et des pouvoirs publics. Le ministère prévient que toute plateforme ou service tiers qui prétend donner accès au téléservice ou le remplacer « est susceptible d'être frauduleux ». Utilisez uniquement le lien reçu par e-mail ou celui que publieront le ministère de la Santé, l'Agence du numérique en santé ou votre ordre.
  • Le ministère a prévenu qu'aucun paiement ne sera demandé sur cette plateforme et qu'aucun prestataire privé n'est mandaté pour vendre des parcours de certification. Méfiez-vous de tout service qui vous proposerait de « gérer » votre certification ou d'y donner accès contre paiement.

Que se passe-t-il si vous n'êtes pas à jour ?

Le décret du 26 décembre 2025 prévoit une procédure progressive :

  1. Pendant votre période, l'Ordre suit l'avancement. S'il voit un risque de retard, il peut vous alerter (et alerter votre employeur si vous êtes salarié). Vous pouvez demander un accompagnement au CMK.
  2. Dans les 6 mois après votre échéance, l'Ordre contrôle votre parcours à partir de votre compte, et peut vous demander des documents complémentaires.
  3. S'il manque des actions, il n'y a pas de sanction automatique. L'Ordre vous en informe, vous pouvez présenter vos observations par écrit, puis vous êtes reçu en entretien. Il peut vous demander des justificatifs ou vous proposer un plan d'actions correctrices avec un délai pour vous mettre en règle.
  4. En dernier recours, en cas d'absence manifeste d'engagement ou de refus de se mettre en conformité, l'Ordre peut engager une procédure disciplinaire. Une procédure de suspension temporaire pour insuffisance professionnelle reste aussi possible.

Autrement dit : personne ne sera radié du jour au lendemain, mais l'obligation est bien réelle et contrôlée.

Ce qui reste flou à ce jour

Mieux vaut le dire clairement : tout n'est pas encore calé. Au 2 novembre 2026 :

  • Le jour exact d'ouverture de Ma Certif'Pro Santé : le ministère annonce « à compter de novembre 2026 », sans date précise, et l'adresse officielle n'est pas encore publiée.
  • La reconnaissance des actions : le référentiel prévoit qu'une partie des actions soit labellisée par la commission professionnelle des kinés, et qu'une action absente de la liste fasse l'objet d'une demande préalable. Le circuit concret de ces demandes n'est pas encore détaillé publiquement.
  • Les actions faites depuis 2023 comptent et leurs justificatifs pourront être déposés après l'ouverture, confirme le ministère. Ce qui reste à voir, c'est quelles actions remonteront automatiquement et lesquelles il faudra saisir vous-même.
  • Le référentiel lui-même est une première version. Il est prévu qu'il évolue, et certaines de ses règles pourront être ajustées.

Nous mettrons cet article à jour dès que ces points seront précisés.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

  1. Rassemblez vos attestations depuis le 1er janvier 2023 : formations, DPC, DU, AFGSU, tutorat, groupes de pairs. Rangez-les dans un même dossier.
  2. Classez-les par axe avec le tableau ci-dessus. Vous verrez vite où vous en êtes, et souvent l'axe 4 sera vide.
  3. Vérifiez votre adresse e-mail auprès de l'Ordre, pour recevoir l'invitation à créer votre compte, et assurez-vous de pouvoir vous connecter avec votre identité numérique de professionnel de santé.
  4. Planifiez les axes manquants sur les prochaines années, en profitant de vos droits DPC et FIF PL.

Pour trouver une formation qui correspond à un axe précis, vous pouvez rechercher parmi les formations kiné sur Rhomboid, filtrer par thème et par financement (DPC, FIF PL, CPF).

Questions fréquentes

Je suis remplaçant : suis-je concerné ?

Oui. L'obligation vise tous les kinés inscrits au tableau de l'Ordre et en exercice, quel que soit le mode d'exercice. Un remplaçant inscrit à l'Ordre a donc les mêmes 8 actions à réaliser sur sa période.

Si je fais mon DPC, suis-je en règle ?

Pas forcément. Le DPC aide surtout pour les axes 1 et 2, dont il reprend les thèmes. Il faut aussi 2 actions dans l'axe 3 (relation patient) et 2 dans l'axe 4 (santé personnelle). Une formation DPC sur ces thèmes peut servir aux deux obligations.

Mes formations de 2023, 2024 et 2025 comptent-elles ?

Oui, si elles figurent au référentiel. L'Ordre a confirmé que les actions réalisées depuis le 1er janvier 2023 comptent pour la première période. Le ministère confirme que vous pourrez déposer leurs justificatifs dans Ma Certif'Pro Santé après son ouverture : gardez bien toutes vos attestations.

Un DU de deux ans compte-t-il pour plusieurs actions ?

Non. Le référentiel précise qu'une formation en plusieurs modules (DU, DIU, master) ne vaut qu'une seule action, quelle que soit sa durée.

Une formation peut-elle valider deux axes à la fois ?

Non. Si une action correspond à plusieurs axes, elle ne compte qu'une fois, dans l'axe que vous choisissez au moment de la déclarer.

Je suis salarié : qui choisit mes actions ?

Vous, mais le référentiel demande de les choisir en lien avec votre employeur. Votre employeur peut faciliter l'accès aux formations, mais il n'a aucun rôle de contrôle : celui-ci revient uniquement à l'Ordre. Vous restez responsable de votre parcours.

J'arrête d'exercer quelque temps : que devient ma période ?

En dessous de 3 ans, votre période continue de courir et vos obligations restent les mêmes. Si l'interruption dépasse 3 ans au total sur la période, celle-ci prend fin. Un nouveau cycle de 6 ans démarre à la reprise, et l'Ordre peut demander des actions spécifiques avant de reprendre.

Une formation à une technique non reconnue peut-elle compter ?

Non. Les actions doivent s'appuyer sur des données scientifiques actuelles. Le référentiel exclut les pratiques et techniques jugées illusoires par l'Ordre.

Dois-je donner des informations sur ma santé pour l'axe 4 ?

Non. Le ministère précise qu'aucun document médical, certificat ou diagnostic n'est demandé pour l'axe 4. Cet axe repose sur une démarche déclarative.

Une formation suivie à l'étranger peut-elle compter ?

Oui, si elle est pertinente pour votre exercice et respecte les critères du référentiel. Vous devrez fournir des justificatifs compréhensibles qui permettent d'apprécier son contenu.

Faut-il payer pour utiliser Ma Certif'Pro Santé ?

Non. C'est un téléservice public, créé par décret et géré par le ministère de la Santé et l'Agence du numérique en santé. Le ministère a précisé qu'aucun paiement ne sera demandé sur la plateforme. Tout service tiers qui prétend y donner accès est susceptible d'être frauduleux. Vous serez prévenu par e-mail, puis vous vous connecterez avec votre identité numérique de professionnel de santé.

Sources officielles. Décret n° 2024-258 du 22 mars 2024 ; décret n° 2025-1335 du 26 décembre 2025 relatif aux modalités de contrôle et au système d'information de la certification périodique (JO du 27 décembre 2025) ; arrêté du 26 février 2026 relatif aux référentiels de certification périodique (JO du 27 février 2026) et son annexe 7, référentiel des masseurs-kinésithérapeutes ; Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, « Tout savoir sur la certification périodique » et « Les modalités de la certification périodique » ; ministère de la Santé, la certification périodique des professionnels de santé et FAQ nationale « La certification périodique : les clés pour s'y retrouver » ; alerte du ministère sur les démarches frauduleuses relayée par l'Ordre national des pharmaciens (5 mars 2026). Date d'ouverture du téléservice : annonce de la DGOS rapportée par Le Quotidien du Médecin (4 septembre 2026). Article à jour au 2 novembre 2026.


Julien Louis Écrit par Julien Louis
Julien Louis

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